La Symbolique des couleurs chez les Druzes


La Symbolique des Couleurs chez les Druzes

par Jean-Marc Aractingi 

 

 

La symbolique des couleurs est très présente dans la société druze.

Les Cent Onze Lettres de la Sagesse sont souvent écrites en couleurs.

Les Cinq points rouges caractérisent les Cinq grands Ministres de la hiérarchie unitaire. Ces Cinq grands Ministres sont associés chacun à une couleur :

 

Hamza (l’Intelligence) est associé au Vert

Tamîmî (l’Âme) est associé au Rouge

Qurachî (la Parole) est associé au Jaune

Samurrî (le Précédent) est associé au Bleu

Bahâ el Din (le Suivant) est associé au Blanc

 

 

Les points noirs désignent les mauvais ministres des fausses religions. 

 

Les Cinq couleurs qui symbolisent respectivement les hypostases de la Pentade se retrouvent dans le drapeau druze (un triangle vert sur le bord gauche et quatre bandes, rouge, jaune, bleue et blanche), ou encore dans les tissus qui enveloppent les catafalques des saints dans leurs tombeaux établissant une hiérarchie formelle entre eux.

 

C’est là un principe d’arcane permettant de reconnaître chacune des figures de la Pentade, si elle venait à se manifester : la couleur des vêtements permettrait de les identifier et de connaître leur rang dans la hiérarchie.

 

Chez les Druzes les couleurs traduisent donc ce que le corps renvoie de lumière quelque soit la perspective où l’on se situe. Qu’il s’agisse du corps, de l’âme ou de l’esprit, les couleurs sont toujours censées rendre compte de l’énergie contenue.

 

Si l’on part du Noir, on considère qu’il faut voir dans cette couleur l’énergie traduite en matière activable.

Autrement dit, cette matière correspond à la fois à ce qui est le plus pauvre en lumière, mais aussi à ce qui est manipulable assez aisément.

Ceci est cohérent avec l’idée que le Noir traduit aussi bien la matière dans sa forme la plus primitive et l’action que l’on peut exercer sur elle dans le monde matériel.

 

Le Rouge exprime l’énergie en soi, comme si l’énergie constituait un objet indépendant de celui qui l’exprime.En revanche, si cette énergie est considérée comme vue de l’homme, on la traduira symboliquement par du Jaune à l’image du Soleil qui symbolise bien l’énergie qui compte pour l’homme terrestre.

 

Le Bleu et le Blanc sont deux couleurs qui ont à voir avec l’esprit, c.a.d. avec ce que l’on nomme parfois la lumière la plus immatérielle ou encore l’énergie la plus primordiale et la plus insaisissable.

Dans cette perspective, il est facile d’évoquer le Blanc dont on dit, de manière banale, qu’il est la somme de toutes les couleurs : la couleur blanche unit l’ensemble des Unitaires à Bahâ el Din.

Par ailleurs, le Bleu exprime la profondeur, ce qui revient à dire qu’il s’agit de l’Esprit vu du dedans de l’homme. Comment ne pas l’évoquer par la méditation ?

L’homme se tourne vers lui-même pour reconnaître l’Esprit dont il est porteur et qui peut véritablement l’illuminer.

L’énergie spirituelle, le dynamisme intérieur et la paix sereine peuvent alors aisément cohabiter par une alchimie qui marque la richesse de la vie.

 

Il reste maintenant à considérer la dernière couleur, celle qui est associée à l’Imâm Hamza et qui va jouer un rôle capital : le Vert

 

On  ne saurait mieux la définir qu’en lui rapportant ce que les alchimistes appelaient l’eau mercurielle.

C’est que le Vert traduit ce qui est transitoire, comme les changements de formes, et il assure le lien entre eux.

Sans elle, nous ne saurions traduire la dynamique d’une organisation.

 

En Franc-maçonnerie, on trouve la symbolique des couleurs dans tous les rites spécialement dans les trente trois degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

C’est ainsi qu’au troisième degré celui de Maître, le tablier est blanc et bordé de rouge (Au Grand Orient au Rite Français le tablier est blanc avec une bordure bleue).

Le cordon est bleu et bordé de rouge.

Par rapport aux deux premiers degrés (Apprenti et Compagnon) où l’on se mouvait dans un environnement énergétique et spirituel (tablier blanc) sans qu’on n’ait symboliquement beaucoup de prise dessus autrement qu’en agissant, une différentiation s’opère au troisième.

 

Le Maître Maçon commence à intérioriser tout cela. Il commence à se spiritualiser et à appréhender l’esprit du dedans comme l’indique la référence au bleu.

Ainsi, pour construire son milieu, le Maître Maçon fait cohabiter sur son cordon l’esprit ( Bleu) avec l’énergie extériorisée ( Rouge ) et l’esprit extériorisé ( Blanc ).

Le Vert apparaît pour la première fois avec le cinquième degré : le Maître Parfait.

Il indique une zone d’interface. Le Vert est donc le triomphe du ternaire dans tout ce qui est réalisé. C’est le rappel à l’ordre.

 

Les différentes couleurs de la symbolique druze nous les trouvons en Franc-maçonnerie au trentième degré : le Chevalier Kaddosch.

Ce degré est celui avec lequel s’achève l’initiation maçonnique.

 

Dans son « Voyage en Orient », Gérard de Nerval, a comparé le Cheikh Aql Druze au Chevalier Kaddosch.

Quant à la Loge du trentième degré elle est ornée de Cinq couleurs : Blanche, Bleue, Rouge et le Jaune apparaît dans les Trois bougies. Derrière le trône est les étendards de l’Ordre avec deux bandes croisées Vertes.

 

En effet, la couleur Verte tient aussi bien chez les Druzes que chez les Francs-maçons une place importante.

Chez les Druzes, elle est associée à l’Intelligence incarnée par le fondateur du Druzisme Hamza Ibn Ali appelé le « Maître du Temps » (Qâ’im al Zaman).

Chez les Francs-maçons la présence du Vert dans certains degrés et pas dans d’autres, laisse penser que l’initiation écossaise constitue une marche de l’homme vers plus de vérité.

Autrement dit, ces degrés se dérouleraient selon une spirale ascendante et chaque passage par le Vert correspondrait alors à l’accès à une nouvelle spirale (Ces spirales correspondraient aux Dix cycles des Druzes).

Le Vert est la couleur de l’émeraude. Pour mieux comprendre son importance, il est bon de se référer au texte de la Table d’Emeraude très connus des disciples d’Hermès Trimegiste tels que les Francs-maçons et les Unitaires (Druzes) :

 

« Il est vrai, sans mensonge, certain et véritable, Ce qui est en bas comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut comme ce qui est en bas ; par ces choses sont et proviennent d’Un, par la médiation d’Un, ainsi toutes les choses sont nées de cette chose unique par adaptation ».

« Le Soleil est le père, et la Lune la mère. Le Vent l’a porté dans son ventre. La Terre est sa nourrice et son réceptacle.

Le Père de tout Thélème (substance primitive de laquelle toute chose a été formée et qui d’après Hermès Trimegiste est  à la fois Ciel et Terre : subtile et fixe) du monde universel est ici. Sa force ou sa puissance reste entière, si elle est convertie en Terre.          

Tu sépareras la Terre du feu, le subtil de l’épais, doucement, avec grande industrie. Il monte de la Terre et descend du Ciel, et reçoit la force des choses supérieures et des choses inférieures.

Tu auras par ce moyen la gloire du monde, forte de toute force, car elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide.

Ainsi, le monde a été crée. De cela sortiront d’admirables adaptations, desquelles le moyen est ici donné ».

« C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès Trimegiste, ayant les trois parties de la philosophie universelle ».

« Ce que j’ai dit de l’œuvre solaire est complet ».  

 

 

Inspiré par la Table d’Emeraude, un traité anonyme  Mukhtassar al Bayân  développe la cosmologie druze :

 

« La Matière (Hylè) constitue la source de tout ce qui est sensible. Elle provient de cinq ministres et par conséquent, elle est foncièrement bonne.

Par son mouvement, elle forme les quatre éléments (feu, air, eau, terre), les quatre qualités (chaleur, froid, humidité, sécheresse), les douze signes du Zodiaque et les sept planètes dont chacune habite une sphère, a savoir : Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure et la Lune.

Dans chaque élément, on distingue deux propriétés : la densité et la subtilité.

Les éléments, les sphères et les astres, en combinant leur action sur la terre, engendrent les trois règnes de la nature : le règne minéral, le règne végétal et le règne animal, auxquels appartiennent les corps humains, crées par les âmes parlantes ».