Rite Œcuménique



                                       

   Le Grand Orient Arabe Œcuménique  
       "Grand Orient Abrahamique"  
     L'Obédience qui relie l'Orient à l'Occident

Le Grand Orient Arabe Œcuménique (G.O.A.O.) est naît fin 2010. Historiquement et spirituellement fille du Grand Orient Arabe qui voit le jour en 1950 au Liban, l’obédience hérite donc d’un lien fort avec une terre où cohabitent, parfois difficilement, toutes les tendances du Christianisme, du Judaïsme et de l’Islam. L’équilibre fragile qui se bâtit entre les différentes cultures repose alors sur un nouveau rite dit Œcuménique, qui sans renier le travail de ses pères fondateurs qui sert de matière première (de « pierre brute » disent les maçons), fait le lien entre l’Orient et l’Occident ; entre les trois religions abrahamiques que sont le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Ce lien est d'ailleurs si substantiel,si fort, que l'on constate rapidement que le G.O.A.O. tente de dupliquer dans les pays arabes ce qui, finalement, fonctionne déjà au Liban. Ce dernier s'en différencie naturellement par ses outils, des rituels mieux adaptés aux différentes configurations géopolitiques puisqu'ils constituent la raison même de son existence. C'est pourquoi très vite une fusion entre les deux obédiences, la mère et la fille spirituelle, est décidée en décembre 2010.Le G.O.A.O. bénéficiant de la structure déjà ancienne du Grand Orient Arabe, et ce dernier héritant des Rituels Œcuméniques.Le G.O.A.O tente dans ce cadre, de placer la fraternité non pas au-dessus des confessions mais au-delà, rappelant que la laïcité qui la structure qui n'est pas une forme d'athéisme et que, naturellement comme souvent en maçonnerie, la religion et la politique restent aux portes de la loge comme propriétés du monde profane. Pour autant, très traditionnel, le Grand Orient Arabe Œcuménique qui est mixte et a pour devise " Liberté, Egalité, et Fraternité", travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers". Les "Obligations des maçons" sont donc prêtées sous les "trois Lumières",à savoir l'équerre,le compas et le Livre de la Loi sacrée dont le choix est naturellement laissé à l'initié: l'Ancien Testament (la Thora), l'Evangile selon saint Jean ou bien le Coran ( Sourate Maryam ).

Un nouveau Rite: le Rite Œcuménique (Judéo-Chrétien,Musulman) :
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Le Rite Œcuménique 

(judéo-chrétien-musulman) 
en Franc-Maçonnerie de
Jean-Marc ARACTINGI

Pourquoi un nouveau rite maçonnique?

Si j'ai élaboré un nouveau rite en franc-maçonnerie , le rite œcuménique ou abrahamique ( judéo-chrétien et musulman ) , alors qu'il existe une multitude de rites, allant de celui qui est le plus pratiqué au monde, le Rite Ecossais Ancien et Accepté ( REAA ) à celui du Rite Français en passant par le Rite Ecossais Rectifié (RER ) , d'York, de Memphis, de Misraïm, d’Émulation et bien d'autres, c'est parce que tous ces rites fondent leurs références uniquement sur la culture biblique aussi bien rencontrée dans le christianisme que dans le judaïsme, et que seul le Rite Œcuménique ( RO ), tout en préservant l'essentiel de ces différentes cultures, les complète en faisant référence à la culture arabo-musulmane. Un rite qui se veut universel et compréhensible pour toutes les cultures du monde, que l'on soit d'origine asiatique, africaine, européenne ou autre.

Le Rite Œcuménique loin de renier ses origines, se fonde sur le Rite Ecossais Ancien et Accepté dont il conserve toute l'architecture mais s'inspire de l'ancienne maçonnerie musulmane opérative, au même titre que des branches initiatiques de l'Islam ( Soufis, Druzes et Ismaéliens ).

Il fait toujours appel aux symboles et références communs au judéo-christianisme, mais emprunte à la symbolique musulmane ( comme, par exemple, des signes de reconnaissance, une symbolique des couleurs ou du voyage initiatique du Prophète... ). 
Il est évident qu'il ne s'agit pas de "greffer" uniquement un élément oriental sur une franc-maçonnerie de forme initiatique occidentale.
Ainsi dans les "ARCANES" du Rite Œcuménique , l'organisation initiatique des différents grades ne sont pas " un mélange de formes traditionnelles " mais un corpus herméneutique bien structuré et cohérent autour des mythes et des rituels arabo-musulmans , de la symbolique du REAA et enfin de celles des "Bâtiniyins " ( Soufis,Ismaéliens, Druzes, Alaouites ) , sachant qu'en islam spirituel, on distingue le sens exotérique ou apparent des textes et traditions, appelé zâhir ou dorsal, c’est-à-dire extérieur, du sens ésotérique ou profond du même texte ou tradition, appelé bâtin ou abdominal, c’est-à-dire intérieur d'où le nom de Bâtiniyins.

Une première ébauche de ce rite a été publiée en 2011 aux éditions l'Harmattan ( Paris ) , mais elle était inachevée et peu précise, ce qui est normal sachant que pour élaborer un nouveau rite maçonnique il faut plusieurs années, voir décennies!

Si on admet que l’essentiel de la démarche maçonnique se retrouve dans la volonté de pacifier les relations sociales inter-religieuses en prônant la tolérance, le respect des autres et de soi-même , on voit bien combien cette démarche est encore d’actualité dans le monde agité qui est le nôtre.

Ce nouveau rite est le résultat d'un constat désolant pour des adeptes d'une fraternité universelle, c'est que peu de Français, ou d'Européens, de confession musulmane fréquentent les loges maçonniques, toutes obédiences confondues. 

Il y a , d’après moi , trois raisons principales a cela :

La première est relative à l’idée qui a véhiculée assez longtemps et héritée du 19e siècle au temps de « l’Affaire Dreyfus » qui est celle du « Complot Judéo-Maçonnique ». Cette idée soutenue encore par une certaine catégorie de gens consiste à faire attribuer aux juifs et aux francs-maçons tous les maux de notre société : immigration incontrôlée, pertes des valeurs morales, délinquances etc.. Dans ce schéma, le juif serait à l’origine de la délinquance morale en introduisant dans la politique cette tendance de « cosmopolitisme » et le franc-maçon, quant à lui, ourdirait dans la pénombre des loges, un complot permanent contre la République. La seconde est liée à la création de l’État d’Israël. Là, la franc-maçonnerie est taxée d’être sioniste ayant des racines juives. Les intégristes musulmans n’hésitent pas, d’ailleurs, à la montrer comme anti-islamique en disant que c’est « une institution juive et sioniste qui glorifie le judaïsme ».

La troisième, et la principale à nos yeux, c’est les rituels pratiqués dans les loges . En effet ces rituels rappellent pour la plupart d’entre eux les histoires bibliques, le Talmud et la Kabbale. Ce qui fait dire à certains que la « franc-maçonnerie est l’enfant du judaïsme ». En effet, la tradition biblique et hébraïque est très présente en loges, et ce qui ne manque pas de frapper le nouvel apprenti, c’est l’abondance des mots hébreux et des références à l’Ancien Testament, comme par exemple, le personnage d’Hiram qui est tiré de la Bible ; les décors des loges qui ont des évocations bibliques ; les deux colonnes à l’entrée de la loge ( Jakin et Boaz ) sont des répliques des colonnes du temple de Salomon, etc..On trouve aussi les mêmes préoccupations bibliques au cours des « planches » (travaux) dans les loges. Ces travaux donnent lieu, comme on le sait, à de subtils débats. Il y va de même pour le nom de certaines loges, qui ont bien souvent une consonance biblique : « Fraternité de Salomon », « l’Arche d’Alliance », « la Nouvelle Jérusalem » etc.. Tout cela provient de l’influence protestante du Pasteur Anderson, le fondateur de la Constitution de la franc-maçonnerie moderne. Anderson était fasciné par l’hébreu et a transmis ses références bibliques à la franc-maçonnerie. Le goût du symbole, la multiplicité des mots hébreux, sont autant de caractéristiques héritées du protestantisme et de l’influence du judaïsme sur cette dernière. Quant à l’influence Chrétienne, elle aussi détient une grande place dans les différents rituels surtout dans les hauts grades. 
Rien ne vient donc conforter le regard du musulman, ou tisser un lien avec son passé, son histoire sociale et religieuse.

Pour étayer ce qui précède , voici deux extraits de lettres de motivation que le Grand Orient Arabe Œcuménique ( Obédience qui pratique le Rite Œcuménique ) reçoit assez souvent :

La première émanant d'un postulant profane, la seconde d'une postulante déjà Maître franc-maçonne :

«Afin de procéder à l'étude de ma candidature en qualité de franc maçon au sein de Grand Orient Arabe Œcuménique , je vous remercie par avance de bien vouloir trouver ce qui suit :

[… Pourquoi avoir ciblé votre entité le Grand Orient Arabe Œcuménique ?

En toute honnêteté, j'ai le devoir de vous rendre compte des faits suivants:

Il y a un an, j'ai passé des entretiens auprès de 3 "Frères". Puis, j'ai été

convoqué au sein de la Grande Loge de France pour y répondre à divers questions sous le bandeau.

Après l'entretien, ils m'ont admis, et j'en étais et je reste très honoré, mais je n'ai pas donné suite.

Pourquoi ?

Je n'étais pas prêt à m'investir. Mais, le plus marquant et triste à dire, c'est que cette dernière ne reflétait pas à mes besoins … du fait de ma confession musulmane peut-être ? Où j'avais peur tout simplement de mon intégration ! Cependant, un sentiment de malaise s'y est installé et j'avais l'impression d'être seul au Monde.

Plus fort, confiant, je vous soumets ce jour ma demande au sein du Grand Orient Arabe Œcuménique ….] .»

La seconde :

Mes Très Chers Frères et Sœurs ,

« Par quoi dois-je commencer pour vous exprimer ma joie de vous avoir enfin trouvé ? Et combien de fois moi-même , j'y ai pensé en silence afin que la lumière de l'Orient puisse briller aussi en Orient ?

[…] « le fait d'adhérer à une loge du rite œcuménique représente le «  rassembler ce qui est épars » tout à fait conforme au sublime idéal maçonnique qui a du mal, hélas , à se fixer comme il se doit dans la pratique régulière des loges traditionnelles. Il représente le respect de la différence dans tous les sens du terme . Tout en étant totalement perméable aux symboles et mythes judéo-chrétiens, il se trouve qu'une approche ésotérique arabo-musulmane ne pourra qu'intensifier les couleurs. Les trois religions me parlent à part égale et je ne vois pas pourquoi je dois en sacrifier une au bénéfice des autres. Peu importe pour moi, si sur l'autel du serment figure, la bible, l'évangile de Saint Jean ou encore le Coran , pourvu que les trois versions ou manifestations, de la même et unique chose s'offrent à notre entendement dans toute sa splendeur. Comment peut-on nier l'une des pointes du triangle sacré ? Ne sont-ils pas tous les enfants d'Abraham ? […]

 

Par ailleurs, l'islamologue Christian Lochon , professeur à l'Institut de formation des Imams de la Grande Mosquée de Paris, publie en 2011 sur le site du Grand Orient Arabe Œcuménique l'article suivant :

Pourquoi un franc-maçon doit s'intéresser à l'Islam?

Il trouve tout d'abord des points de convergence et de rencontre, de spiritualités entre l'Islam et la Franc-Maçonnerie en écrivant :

«Cette modeste étude comparative porte sur quatre points de convergence qui peuvent rapprocher des intellectuels musulmans des idéaux maçonniques. D’abord les structures médiévales des corporations et confréries musulmanes dont Louis Massignon, Henri Corbin, René Guénon, Faouzi Skali ont montré les ressemblances avec les organisations sœurs comme le compagnonnage en Europe. La philosophie mutazilite peu connue en Occident a été très audacieuse et revient en première ligne. Le mouvement démocratique dans le monde musulman s’est développé malgré l’autoritarisme des régimes ; le printemps arabe de 2011 en est un épigone. Enfin, la création de loges au Proche et Moyen Orient s’est effectuée au XVIIIe siècle en même temps qu’en Europe ou en Amérique lorsque les franc-maçonneries ottomane, égyptienne, arabe auront tissé des contacts très approfondis avec les loges-mères anglaise, française ou italienne. C’est que, dans cette interaction culturelle entre Proche-Orient et Europe, plusieurs mythes sont communs ; le drame d’Hiram aurait un antécédent en Égypte, vers 1500 av .J.C. lorsqu’un architecte fut assassiné dans des circonstances obscures, tel que relaté sur des ostracas, ou en Iran où le meurtre de Zoroastre sera repris dans la commémoration annuelle chiite de celui de Hussein petit fils du Prophète à Kerbela (Irak).

I- Corporations et confréries en Islam

La structure initiatique des corporations est attribuée à un héros éponyme, Salman Al Farsi, mazdéen converti à l’islam. Devenu barbier du Prophète, il serait revenu comme gouverneur à Mada’in (Ctesphon), en Irak où il aurait organisé les corporations de 51 métiers reconnus, qui existaient dans la culture mazdéenne et auxquelles il donnera des bases musulmanes. Salman établit une doctrine de l’honneur artisanal, appelée « futuwwa » dont la base reposait sur un consensus hiérarchique, un rituel initiatique et la qualité du travail bien fait. On eut ainsi un maillage presque complet de toutes les catégories professionnelles d’artisans reconnus, qui assuraient une formation professionnelle mais aussi humaniste, à l’image de celle des « Compagnons du Devoir » d’Europe. Elle s’étendait aux non-musulmans, chrétiens, juifs, mazdéens, sabéens, hindous très présents dans les métiers d’orfèvrerie, de la décoration, ou comme médecins.

Le calife Al Nasser (1180-1224) créera à l’intention des hauts fonctionnaires une corporation d’honneur dont les membres prêtaient serment d’allégeance au calife lui-même qui leur donnait le mot secret et les associait, par un système hiérarchisé qui remontait à la tête de l’État, dans une assistance inter fraternelle, un échange de services, dans l’esprit de pureté morale. Le sultan ottoman Mourad 1er (1360-1389) fera de même, établissant pour la dynastie ottomane une tradition de compagnonnage adoptée par ses successeurs.

L’esprit corporatif s’étendit aux métiers susceptibles d’entacher la pureté des croyants tels les crieurs publics, les maquignons, les changeurs, les cambistes, les huissiers du tribunal, les courtiers d’esclaves, les éleveurs de pigeons, les danseurs, les baladins, les indicateurs, les femmes, les courtisanes, les pleureuses (aux enterrements), les entremetteuses. Les corporations furent toujours hiérarchisées et organisées ; à leur tête un Maître, qui représentait la profession devant les autorités locales ; puis les maîtres propriétaires d’atelier, les compagnons vêtus d’un tablier distinctif, et les apprentis. Les corporations organisaient des défilés pour célébrer la circoncision des fils du sultan, le mariage de ses filles, les victoires de ses troupes. Pendant plusieurs années consécutives, le débutant (Mubtad'i) ne percevait aucun salaire ; mais appartenir à un corps était en soi un privilège car cela permettait d’être reconnu capable de produire un travail de haute qualité et d’ouvrir leur propre atelier.

L’entrée dans la corporation était solennisée : le cheikh passait un châle autour du la taille de l’impétrant et le nouait par des torsions successives. Une coupe d’eau salée devait être absorbée trois fois par le récipiendaire exprimant son intention de dire vrai (charia), de voir vrai (tarîqa), de devenir vrai (haqîqa). A la fin de la cérémonie d’initiation on lui remettait un pantalon bouffon, puis une cordelière, ceinture de tablier (shadd) ou un baudrier. Puis on lui enseignait les signes de reconnaissance et les mots de passe. Les apprentis devaient également « voyager » en se rendant sur les tombes des Grands Maîtres de la corporation et suivre un enseignement des symboles, relatifs aux Prophètes du Coran. Les rituels s’accompagnaient de chants allusifs au Prophète et à ses compagnons.

Thierry Zarcone a montré que les loges ouvertes dans l’empire ottoman au XVIIIe siècle avaient emprunté aux corporations, et aussi aux confréries, leur lexique particulier. Les appellations des 3 premiers degrés étaient celles des corporations : « chirak » (apprenti), « kalfa » (compagnon), « Oustaz » (maître) ; le tablier « peshtemal » dans les ateliers opératifs ; garda ce nom dans la maçonnerie. Chez les Bektachis, on peut trouver les mêmes réponses dans les Instructions (turques) pour le degré d’apprenti maçon et le questionnaire de la confrérie. L’extinction de beaucoup de métiers manuels sont venues à bout de l’esprit corporatif qui aura duré jusque dans les années 1930. Par contre des Compagnons français du Devoir, tailleurs de pierre, s’étant rendus à Damas en 1988, découvrirent que leurs homologues syriens utilisaient des instruments oubliés en Europe, comme la « lombarde », qui servit comme signature de compagnons sur les murs des cathédrales. Le Pr. Massignon souligna l’influence que les corporations musulmanes ont pu avoir en Europe dans le développement des « villes franches ». Ainsi, à Paris, la corporation des bateliers fut assez puissante pour imposer leur symbole comme armes de la ville.

Pour les confréries, c’est à Bagdad que le Cheikh Abdelkader El Jilani (XIIe siècle) crée la première confrérie (tarîqa) qui conserve encore aujourd’hui une réelle influence. Les membres des confréries se retrouveront dans les mosquées, particulièrement le vendredi après-midi, ou dans des locaux, appelés « zaouïa » au Maghreb, « ribât » (« Rabat » au Maroc) ou « khanqa » au Proche-Orient et en Asie Centrale. La confrérie des Chaziliya sera fondée au Maroc au XIIIe siècle, celle des Mevlevis par Jalaleddine Roumi (m. 1273) à Konya, l’Ordre des Naqchbandiyya en Asie Centrale par le Cheikh Behaeddine Naqchbandi au XVe siècle, celui des Tijaniyya au Maroc (XVIIIe siècle). Au XIXe siècle, les Senousiyya en Libye, les Mirghaniyya au Soudan, les Rifaïyya en Somalie seront constitués en confréries par trois disciples d’un même cheikh marocain à la Mecque. Les « tariqas » pratiquent l’initiation progressive à 4 degrés : mourid, MoqademNassib et cheikh, soumis au respect du secret. L’initié modèle est le Prophète lui-même qui proclame : « Je ne sais pas lire ». L’épreuve dans une caverne de la révélation des premiers versets est comparée à une initiation soufie, car Mohamed en ressort prophète. La translation qui le conduira de Médine à Jérusalem, et de Jérusalem au 7e ciel permet d’acquérir le plus haut grade dans la hiérarchie confrérique. Le voyage est décrit dans Le Livre de l’Échelle de Mohammad ensemble de récits arabes relatant l’ascension jusqu’à Dieu. Les rituels principaux des mystiques soufis sont des litanies, des répétitions d’oraisons, de « remémorations » (dhikr) scandées pour souligner la présence de Dieu ». Comme les yogis de l’Inde, certains disciples ont appris des techniques respiratoires qui les conduisent dans des états de transe spectaculaires. Les initiés se voient remettre un chapelet de 33 grains ( Qadiris), de 66 ou 99 ( Naqchbandis), basés sur la valeur numérique du nom « Allah » qui, en lettres arabes est l’équivalent de 66. Certaines confréries utilisent la danse ; 9 disciples représentent les planètes et tournent autour du Maître-Soleil comme en Turquie, à Konya, les « derviches tourneurs ». Atatürk interdira les confréries en 1924, mais elles ont repris leurs activités et beaucoup d’hommes politiques turcs sont proches de la Confrérie Naqchbandiyya opposée aux radicaux islamistes du nouveau régime AKP.

D’un pays à l’autre, le confrérisme prend des formes très différentes selon l’histoire et l’évolution politique de chaque pays mais il assure, plus que l’islam officiel, une unité certaine des croyants.

II-La Philosophie islamique: le Mutazilisme

La découverte de la philosophie grecque dans les manuscrits traduits en syriaque puis en arabe sous les premiers souverains abbasside conduira à la formation d’une école « mutazilite » qui essaiera d’imposer une nouvelle exégèse coranique construite à partir d’une grille de lecture philosophique .Ce mouvement qui se forme à Bassorah (Irak) puis à Bagdad est encouragé par le pouvoir abbasside qui admet la supériorité du raisonnement sur les diktats de la foi religieuse. Le philosophe Al Kindi (m.866) l’exprime en ces termes : « Nous ne devons pas avoir honte de la vérité et de la faire nôtre quelle qu’en soit la source ». C’est qu’à l’époque théologiens musulmans, chrétiens et juifs argumentent en toute liberté et les moutazilites vont ainsi s’opposer à un enseignement rigoriste et expliquant les dogmes selon une méthode rationnelle donnant ainsi à la religion musulmane une aisance susceptible de rivaliser avec d’autres idéologies. La doctrine mutazilite affirme deux thèses qui seront contestées violemment une vingtaine d’années plus tard lorsque les juristes salafistes convaincront un nouveau Calife plus faible de les interdire, la non-éternité du Coran : comme tout ce qui est extérieur à Dieu est créé, le Coran, passant par l’audition et la retranscription s’inscrit donc dans l’histoire de l’humanité ; hypothèse en contradiction avec le dogme officiel du Coran incréé puisque c’est la parole de Dieu même. La 2e thèse porte sur le libre-arbitre de l’homme créé comme être responsable et libre, alors que le dogme stipule que tous les actes de l’homme sont accomplis par Dieu…Considérés comme porteurs d’une dérive interprétative, les mutazilites durent s’enfuir en Asie Centrale ou au Yémen où cette philosophie , adoptée plus tard par des chiites, s’est perpétuée malgré les risques. Aujourd’hui le mouvement néo-mutazilite, développé en Tunisie, en Égypte, et dans les universités occidentales reprend force et vigueur et ses adeptes sont parmi les promoteurs intellectuels du Printemps arabe. La défense du libre-arbitre notamment les rapproche de la maçonnerie. Les frères lillois qui baptisèrent leur loge « Averroès » et ceux parisiens, musulmans et non musulmans qui nommèrent leur loge « Émir Abdelkader » ont voulu souligner qu’ils croyaient réellement à un substrat spiritualiste et philosophique commun.

III Les mouvements démocratiques en Islam

Depuis les indépendances, des démocrates arabes démontent le mécanisme du faux retour aux sources, idéalisant le régime islamique de la première époque, prétendant que sa réintroduction dans nos sociétés modernes pallierait les problèmes socio-économiques contemporains. Ils nous font ainsi découvrir l’utilisation politicienne de leur religion. C’est pourquoi, le Pr. émérite Ali Mérad souhaite redonner à l’exégèse renouvelée ou « ijtihad » l’importance qu’elle avait au Xe siècle. Le Pr Mohamed Arkoun, récemment décédé, argumente de même dans sa Critique de la Raison islamique (1984). L’historien marocain Abdallah Laroui dans son Islam et Modernité montre que l’État islamique à l’état pur n’a jamais existé ; en fait l’État sultanien abbasside a soumis la Loi à son intérêt séculier, réservant l’appareil califal au domaine de l’utopie, comme l’avait fait Ibn Khaldoun (XVe siècle) : « L’expression « Etat islamique » est en fait contradictoire en elle-même ». Mohamed Charfi qui fut ministre de l’Éducation en Tunisie n’hésitait pas à dire publiquement : « L’islam de demain implique que la religion soit conjuguée aux temps de la liberté, de l’égalité et de la démocratie avec la révision du droit musulman que cela nécessite ». Khadija Chérif, militante tunisienne des droits de l’homme, à la même époque (1995), s’exprime ainsi dans la presse : « Pour moi, femme, nos premiers adversaires sont les intégristes. En opposant au régime de la charia une démocratie réelle, nous rendrions impossible la contamination islamique ». L’universitaire marocaine, Fatema Mernissi , avec un grand courage , se moque des salafistes : « Cet intégrisme politico-religieux tourne à l’ubuesque puisque pour les islamistes, si l’on sépare l’islam de l’État, plus personne ne croirait à Allah, ce qui voudrait dire que l’islam, sans la police, n’a rien à offrir ! ». Le grand poète syro-libanais Adonis regrattait (08/11/1995) que : « L’Islam se soit transformé dans l’esprit de la plupart des musulmans d’aujourd’hui en chaînes et prisons. » L’espace manque ici pour citer le combat mené dans chaque pays musulman malgré la lourde répression que l’on a enfin pu découvrir sur les écrans télévisés cette année même.

L’image de l’islam en Europe souffre des excès antidémocratiques de ses intégristes qui essaient à nouveau de prendre le pouvoir en 2011 en bafouant le « Printemps arabe ». Des universitaires français comme le Pr Mohammed Ferjani se sont mis en disponibilité pour aller soutenir le réveil démocratique de leur pays d’origine. Beaucoup de citoyens de culture musulmane en Europe souhaitent pratiquer leur religion à titre privé et soutiennent ceux des leurs qui mènent le combat de la démocratie et de la laïcité, qui ne sont pas l’apanage exclusif du Nord méditerranéen mais sont aussi puisés dans le fonds culturel arabo-musulman.

IV-Musulmans francs-maçons du XVIIIe siècle à 2011

Les débuts de l’établissement de la Franc-Maçonnerie au Proche-Orient ont bénéficié de facteurs favorables dès le début de l’Islam. La mise en place de confréries religieuses souvent liées à des corporations de métier a conduit les différents peuples de l’Empire abbasside (VIIIe au XIIIe siècle), puis ottoman (XVe au XXIe siècle) à choisir l’expérience initiatique. C’est à Smyrne , en 1738, qu’est ouverte la première loge de l’Empire ottoman puis la Grande Loge de Londres et la Mère Loge écossaise de Marseille ouvriront des loges à Istanbul, Salonique, puis dans les échelles du Levant. D’autre part, Arméniens et Grecs comme les Turcs, chrétiens comme musulmans seront à égalité dans les loges ; le Sultan qui en 1850 établira par décret l’égalité de tous les sujets sera franc-maçon. Il le paiera de sa vie ! A la fin du XIXe siècle, le Grand Vizir Riza Tevfik , dignitaire Bektachi, sera également Grand-Maître du Grand-Orient ottoman. Une loge est créée à Alep en 1738 puis en 1760 ; Au Liban, la première loge émanant du personnel cosmopolite de l’Université américaine, en 1873, est présidée par le Libanais Amine Beyhoum. En Égypte, une première loge était apparue à Alexandrie en 1748 puis Bonaparte introduisit les loges militaires qui initièrent des chrétiens, des juifs et des mamelouks musulmans. Plus tard la loge alexandrine Les Pyramides procéda à l’initiation de l’Émir algérien Abdelkader, en 1864, pour remercier cet important dignitaire de la Confrérie Qadiriyya d’avoir sauvé avec 200 de ses compatriotes plusieurs milliers de chrétiens du massacre effectué à Damas en 1860 par les Turcs et la population locale. En Iran, dès le premier quart du XIXe siècle, des intellectuels, conduits par Mirza Malcom Khan créent des loges qui ne seront fermées qu’en 1979 par le régime mollahcratique. Lorsque Jamaleddin El Afghani, réformateur musulman iranien, initié dans une loge stambouliote se rendra en 1882 à Paris et à Londres, des appuis maçonniques lui feront rapidement rencontrer des universitaires, des savants et des hommes politiques .Comme en Égypte, les premières loges algériennes seront militaires ( Bugeaud, Cavaignac, Pélissier, Chanzy, Lamoricière) puis encadrées par des musulmans, le Saint-Simonien Ismaïl Urbain ou le Général Yusuf. La Tunisie plus cosmopolite aura eu, dès 1773 une loge livournaise ; en 1885, le Grand-Orient allumera les feux de la célèbre « Nouvelle Carthage » qui, depuis une quinzaine d’années, soutient un triangle tunisois.

Aujourd’hui même, les frères (et sœurs) peuvent se réunir à Beyrouth, à Amman et à Rabat. Au Caire les maçons se retrouvent discrètement sous le couvert du Rotary ; les frères algériens ou d’autres pays arabes ne peuvent assister à des tenues qu’en France ou dans le reste de l’Europe. C’est pourquoi les maçons européens libres doivent apporter toute leur aide pour soutenir leurs homologues moins favorisés et qui risquent beaucoup s’ils étaient découverts .C’est que les Saoudiens ont traduit en arabe dans les années 1970 le pamphlet anti-maçonnique de Léo Taxil et le diffusent largement dans la presse quotidienne populaire.

En Orient, longtemps, les artisans adhérèrent à des ordres soufis. Aujourd’hui, toutes les classes sociales se retrouvent dans des confréries. De même des membres de confréries adhèrent à des loges maçonniques, n’y voyant aucune contradiction.

Qu’on se rende bien compte, le citoyen du sud ou de l’est de la Méditerranée qui souhaite entrer en maçonnerie y sera poussé par sa propre culture basée sur la recherche initiatique et de ce fait sera en butte aux attaques des islamistes qui n’admettent ni le libre-arbitre ni le refus de l’endoctrinement dogmatique. Est-il si différent de son homologue du Nord qui, pendant des siècles, aura subi les mêmes contraintes ? D’ailleurs, à Annonay, en 1788, le musulman, qui rejoignit la loge locale, s’était déjà rendu compte que sa pratique du culte n’était pas incompatible avec l’adoption d’un rituel maçonnique.


Sa Structure

Ce nouveau rite est composé de «Six Cycles Initiatiques» où «Demeures Spirituelles ( Manâzil )» , chaque cycle s'articulant autour des 33 grades du REAA, de la symbolique arabo-musulmane, des différentes branches initiatiques de l'Islam (Soufis, Ismaéliens, Druzes…) ainsi que de l'ancienne franc-maçonnerie opérative musulmane, formant ainsi une spirale ascendante vers le chemin de la vérité.
Le tout est précédé d'un nouveau concept celui de «Mourid/Aspirant» , qui est un grade de «passage». Soit donc un total de «Sept Stations ( Maqâmat )» sur le long chemin initiatique du franc-maçon ou maçonne.
Ces Cycles se résument ainsi:
- Le Premier Cycle « Oustaz al Kamel/Maître Parfait » , allant du 1° au 5° grade. Ce Cycle est celui de la « maîtrise initiale, سيادة الأولية , siyadat al awaliya».
- Le Deuxième Cycle « Muntakhab al Kamel/Grand Élu Parfait », allant du 6°au 14° grade . Il est celui de la « spiritualisation symbolique , روحانية الرمزية ,rûhaniat al ramzia».
- Le Troisième Cycle « Amid al Akbar/ Grand Pontife » allant du 15°au 19° grade . Il est celui de «l'incarnation de l'esprit , تجسد الروح , Tajassod al Rûh».
- Le Quatrième Cycle « Émir/Prince de Mercy » allant du 20°au 26° grade . C'est celui de la « connaissance objective , المعرفة الموضوعية, Al Maarifat al Mawdei'ya ».
- Le Cinquième Cycle «Cheikh Aql/Chevalier Kaddosch» allant du 27°au 30° grade . C'est celui de la
« Pratique Énergétique , ممارسة كفاءة الطاقة " .
- Le Sixième et dernier Cycle « Kabrit al Ahmar/ Souverain Grand Inspecteur Général » allant du 31° au 33°grade.
Avec son dernier et ultime grade (33° au REAA soit le 7° degré au Rite Œcuménique , ce dernier cycle, qui est la « Quête du Magistère السلطة التعليمية » ,est l'accomplissement des différents Univers par lesquels le Mourid est passé durant son « Voyage Maçonnique » afin de devenir « Al Insan al Kamel » ( l'Homme Parfait ) où « Homme Universel » , qui est dans le langage hermétique islamique désigné comme le « Kabrit al Ahmar » ( le Soufre Rouge ), représenté aussi symboliquement par le Phénix.
Ce premier tome d'une série de six tomes est consacré à l'étude du rituel et catéchisme du Premier Cycle , précédé par celui du « Mourid/Aspirant » . Ce premier cycle accompagne le Mourid à travers les cinq premiers grades à la compréhension , entres autres ,du terme «Béni el Mîm» , terme ésotérique dans toute sa splendeur, puisqu'il signifie d'une part les «Fils du Mîm», ( ici le Mîm est étudié en tant que lettre ésotérique ) et d'autre part l'étude des sciences de la clé = Ilm el Miftâh et que l'on trouve au 4ème grade , celui du Maître Secret, avec la clef d'ivoire.

Tome I , 420 pages; 20 Euros 

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La Couleur du 7° degré au Rite Œcuménique est le Pourpre

Produite par les Phéniciens (teinture avérée en 1500 BC à Ougarit, puis, à très grande échelle et durablement à Tyr et Sidon), dans les Cyclades et en Israël, elle symbolisa un haut rang social chez les Gréco-romains ainsi que dans nombreuses civilisations. A Rome, elle était l'apanage des consuls, des triomphateurs puis des empereurs . Dans l'empire romain d'Orient, elle représenta la dignité impériale : les enfants royaux nés sous le règne de leurs parents étaient dits "porphyrogénètes", c'est-à-dire "nés dans la pourpre". On utilise alors celle-ci comme teinture, mais aussi comme encre pour les documents officiels ou religieux, selon des modalités d'emploi complexes.

Pour les rois francs et les évêques et cardinaux catholiques, la pourpre, arborée par le biais du vêtement, était le symbole d'un pouvoir. 

Plus qu'un symbole, elle  a peut-être fait la fortune de la Phénicie (Phoinikè, à rapprocher de la couleur de l'oiseau mythique Phoenix , symbole de l'Obédience).


On retrouve aussi cette couleur sur le tablier des Grands Maîtres Nationaux du GOAO





 


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La franc-maçonnerie et ses rites :

Les premières loges maçonniques n’ont pas fonctionné avec un rituel bien élaboré et précis ; les premiers rituels dont on dispose remonte à la fin du XVIIè et au début du 18ème siècle ; ils se limitent à deux puis trois degrés. Ce n’est qu’ultérieurement et à la suite d’initiatives individuelles que les principaux rites ont été codifiés. Voici l’essentiel des rites connus.

Rite du Mot de maçon (sans doute le plus ancien – vers 1630) pratiqué en particulier par la loge de Kilwinning no 0 (la loge la plus ancienne)
Rite des Moderns
Rite des Anciens Devoirs
Rite standard d'Écosse
Rite des Antients
Rite de Misraïm
Rite de Memphis
Rite canadien
Rite de Memphis- Misraïm
Rite symbolique italien
Rite philosophique italien
Rite d'adoption
Rite des Anciens Devoirs (n’est plus utilisé)
Rite écossais de 1962
Rite écossais ancien et accepté
Rite écossais primitif
Rite écossais rectifié
Rite standard d'Écosse
Rites maçonniques égyptiens
Rite émulation
Rite français
Rite français moderne rétabli
Rite des philalèthes (n’est plus utilisé)
Rite du royal Secret (n’est plus utilisé)
Rite Swedenborg
Rite opératif de Salomon
Rite de Schroeder
Rite de la stricte observance templière
Rite suédois
Rite d'York
Le rite œcuménique (créé en 1950) semble le plus récent (il est pratiqué par le grand Orient Arabe Œcuménique)


L’ensemble de ces rites fonde leurs références sur la culture biblique aussi bien rencontrée dans le christianisme que dans le judaïsme ; le rite œcuménique est le seul qui fasse aussi référence à la culture arabe.
http://www.idealmaconnique.com/#!rituel-universel/c21na