Emir Abdelkader



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Je dédie cette page à l'Emir AbdelKader qui a sauvé mon grand-père Rizkallah Aractingi lors des massacres de 1860 à Damas.

Jean-Marc Aractingi, Grand Maître Mondial du Grand Orient Arabe Oecuménique


Rizkallah ARACTINGI
, Intendant honorifique des Lazaristes 1847-1923

Notes:

1)événement: [1860] Damas,SYRIE
Sauvé des massacres par l'Emir Abdel Kader

2)événement: [environ 1870] Damas,SYRIE
Protégé français - ce qui donnait le droit à la nationalité française à ses enfants
 



NOM DE GUERRE : Sidi el Hadji Abd el Kader Oulid Mhiddeen


Al Amir Abd el Kader

 


Napoléon III rend la liberté à Abd el-Kader (16 octobre 1852) d'après le tableau de Tissier (Musée de Versailles) 






Maison de l'Emir Abdelkader à Damas ( Syrie )

Maison de l'Emir AbdelKader à Damas




La tombe de l'Emir AbdelKader à Damas




Transport des cendres de l'Emir Abdelkader à Alger












Lettre de l'Emir AbdelKader (don du batonnier de Fez Kaid Hamou à M. Jacques Chevalier Député-Maire d'Alger)


CITATIONS:

« Tantôt tu me vois musulman et quel musulman !...tantôt tu me vois courir vers les églises… Je dis « au nom du Fils » après « au nom du Père » et par l’Esprit…tantôt dans les écoles juives tu me vois enseigner. Je professe la Tora et leur montre le bon chemin… » (Abdelkader).




Kitab Al Mawaqif

 

"Dieu m'a ravi à mon "moi"".Mawqif 7.

"
Et nous t'avons déjà donné sept redoublés".
Mawqif 18.

"
Ô, toi, âme pacifiée retourne vers ton Seigneur". Mawqif 180.

"
Qu'a donc perdu celui qui T'a trouvé?" Mawqif 220.

"
N'est-ce pas à Allah que toute chose retournera?" Mawqif 221.

"
Et Il est avec vous où que vous soyez...
Mawqif 132.

"
Ces symboles (...) ne les comprennent que ceux qui savent". Mawqif215.

"Lumière sur lumière". Mawqif 103.

"Tourne ta face vers la Mosquée sacrée". Mawqif 149.

"votre Dieu et notre Dieu sont un seul Dieu". Mawqif 246.

Abd el-Kader et la franc-maçonnerie





article de la rubrique
les deux rives de la Méditerranée > regards français sur Abd el-Kader et sur la conquête de l’Algérie.
date de publication : lundi 6 décembre 2004



Abd el-Kader était-il franc-maçon ? la question est souvent posée ...

Il semble aujourd’hui établi qu’à une époque de son existence l’Émir a appartenu à une loge du Grand Orient [1].

Mais cela reste contesté par certains.


Abd el-Kader s’est installé à Damas en 1855. Le 10 juin 1860, il écrit à L’Aigle de Paris : « En ce moment, un désordre épouvantable règne parmi les Druzes et les Maronites. Partout le mal a des racines profondes. On se tue et l’on égorge en tous lieux. Dieu veuille que les choses aient une meilleure fin. ». L’émir écrit aussi : « Si quelqu’un d’entre vous voit un mal, qu’il intervienne pour le changer ; s’il ne le peut pas, qu’il le condamne par la parole ; s’il ne le peut non plus, qu’il le désapprouve, au moins en son cœur, c’est le moins qu’il puisse accomplir comme acte de foi. ». Joignant l’acte à la parole, Abd el-Kader et ses combattants se portent au secours des chrétiens maronites de Damas en 1860. Ce geste lui vaut une immense popularité en Occident.

Le point de vue des francs-maçons [2]

Le 20 septembre 1860, les membres de la loge Henri IVà Paris (Grand Orient de France) suggèrent de lui manifester leur reconnaissance pour « ses actes éminemment maçonniques ». Reconnaissant en Abd el-Kader les qualités du Maçon, ils lui adressent le 16 novembre 1860 une missive approuvée par le Grand Maître, dans laquelle ils lui offrent de s’affilier à leur atelier. Le message « au Très Illustre Emir Abd el-Kader, Damas » dit ceci : « La franc-maçonnerie qui a pour principe de morale l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme, et pour base de ses actes l’amour de l’humanité, la pratique de la tolérance et la fraternité universelle, ne pouvait assister sans émotion au grand spectacle que vous donnez au monde. Elle reconnaît, elle revendique comme un de ses enfants (pour la communication d’idées tout au moins) l’homme qui sans ostentation et d’inspiration première, met si bien en pratique sa sublime devise : Un pour tous. ». Les signataires concluent ainsi : « là-bas, bien loin, il y a des cœurs qui battent à l’unisson du vôtre, des hommes qui ont votre nom en vénération, des FF qui vous aiment déjà comme un des leurs et qui seraient fiers si des liens plus étroits leur permettaient de vous compter au nombre des adeptes de notre institution. ».

En février 1861, Abd el-Kader répond en faisant part de sa « joie indicible » et de son désir de rejoindre la Maçonnerie. Il demande quelles seraient les conditions et les obligations qui lui seraient imposées. La loge Henri IV envisage une initiation par correspondance (autorisée par les règlements alors en vigueur) et demande à Abd el-Kader de répondre par écrit au questionnaire qui est habituellement soumis oralement à chaque nouvel adhérent. Trois questions : il s’agit de savoir quels sont ses devoirs envers Dieu, ceux de l’homme envers ses semblables et envers lui-même. On lui demande également un exposé succinct sur l’immortalité de l’âme et l’égalité des races humaines aux yeux de Dieu. Dans sa longue réponse, l’émir synthétise toute l’éthique musulmane, à savoir que l’individu doit agir selon des intérêts à court et à long termes. S’agissant de la tolérance l’Émir écrit qu’ « elle consiste à ne pas s’en prendre à l’Homme d’une religion quelconque pour l’obliger à l’abandonner. Toutes les lois religieuses authentiques sont tolérantes, que ce soit l’islam ou d’autres. L’attitude la plus importante est d’être utile à sa foi. ».

Une crise interne au GO retarde l’initiation d’Abd el-Kader. Par la suite, il ne sera plus question d’initiation sans présence effective. A la demande de la loge Henri IV, la loge Les Pyramides, à l’Orient d’Alexandrie, accepte de procéder à l’initiation de l’Émir au nom de la loge parisienne. Le 18 juin 1864 à 21 heures, la RL de Saint Jean constituée à l’Orient d’Alexandrie commence ses travaux. L’orateur donne lecture des réponses de l’Émir aux questions posées et celui-ci est introduit dans le temple afin d’y exécuter les voyages d’épreuve prescrits par le rituel et prêter le serment d’usage. Il est reconnu membre actif de Henri IV et des Pyramides. Le Vénérable dit ceci : « N’est pas maçon celui qui se dit maçon, mais celui qui fait de son âme un temple assez pur pour que l’esprit divin s’y complaise, celui qui, mettant en action la sublime charité est prêt à donner son pain et à verser son sang pour ses frères. Il y a longtemps que vous êtes maçon. ». Contrairement aux règles habituelles, Abd el-Kader se voit conférer les trois premiers grades en même temps.

A Paris, la Loge Henri IV décide de convoquer une tenue solennelle en l’honneur du nouvel initié. Le 27 juin 1865, Le Monde maçonnique annonce son arrivée prochaine à Paris, estimant que le Grand Temple sera certainement trop étroit pour contenir tous ceux qui voudront témoigner à leur frère leur estime. Il est logé par le ministère de la Guerre et accompagné par le consul de France à Damas ! Auprès de Napoléon III qui le reçoit il défend la cause d’un soufi arrêté dans le Caucase. Abd el-Kader est reçu dans sa loge le 30 août ; les grades décernés à Alexandrie sont confirmés par un diplôme de consécration.

L’Émir quitte la France le 2 septembre, et retourne à Damas. Même s’il est porté comme membre honoraire de la loge La Syrie, à l’Orient de Damas, ses contacts avec la franc-maçonnerie se relâchent. La cause de cette attitude réside peut-être dans la situation politique locale, mais surtout dans l’évolution de la Franc-Maçonnerie française. Celle-ci avait en effet abandonné progressivement la philosophie religieuse pour une philosophie laïque étrangère à l’esprit d’Abd el-Kader, qui avait vu dans l’institution maçonnique une société de pensée pouvant être le trait d’union entre chrétiens et musulmans.

En 1877, un convent du GODF décide de supprimer l’obligation dans les loges de travailler « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers » [3]. Dans une lettre au GODF, l’Émir exprime sa désapprobation. [4]

Malentendus

L’intervention d’Abd el-Kader pour sauver les chrétiens de Damas a pu être mal interprêtée par certains : « les francs-maçons ont vu dans le sauvetage des chrétiens par Abd el-Kader une oeuvre maçonnique "drapeau de la tolérance face à l’étendard du prophète", alors que pour lui c’est une action essentiellement musulmane - pratique du horm : protection envers des dhimmis dans une enceinte sacrée ». [5].

La proposition d’adhésion faite à Abd el-Kader n’était sans doute pas dénuée d’arrière-pensée : les francs-maçons pouvaient espérer qu’Abd el-Kader diffuserait leurs idées et contribuerait à leur implantation parmi les musulmans d’Orient. L’orateur Dubroc de la loge Henri IV avait déclaré le 1er septembre 1864 : « ce que nous avons en vue, dans l’initiation que nous consacrons aujourd’hui après en avoir poursuivi si longtemps l’accomplissement, c’est la Maçonnerie implantée en Orient dans le berceau de l’ignorance et du fanatisme ; c’est le drapeau de la tolérance remis entre des mains vénérées, confié à un bras qui a fait ses preuves, [...] sur les plus hautes mosquées face à l’étendard du Prophète. L’émir franc-maçon, c’est pour nous le coin entré dans le roc de la barbarie ».

De nos jours, l’adhésion de l’Émir à la franc-maçonnerie reste fermement contestée par les Algériens - en particulier par les officiels [6]. Ils insistent sur l’“opposition radicale” entre “la perspective doctrinale de l’Émir issue de la spiritualité islamique” et “la vision profane et laïque de la Maçonnerie”. [7]

Que conclure ?

Mesurons à quel point le contexte a changé depuis l’époque d’Abd el-Kader - la laïcité, la critique de l’idéologie coloniale, la contradiction que nous percevons maintenant entre un idéal universaliste affiché et la pratique coloniale ... Replaçons-nous dans le contexte de l’époque et nous admettrons qu’Abd el-Kader a pu partager l’idéal maçonnique d’alors sans renier sa foi musulmane [8].

Notes

[1] Les archives des différentes obédiences maçonniques renferment des lettres échangées entre l’émir et diverses loges parisiennes et égyptiennes, essentiellement entre 1860 et 1867. Certaines sont conservées aux archives d’Aix-en-Provence et en particulier les lettres répondant aux questions de la loge Henri IV. Il existe aussi un carton aux archives du Grand Orient qui contient la correspondance des loges L’Orient à Damas et La Palestine à Beyrouth dans laquelle on trouve mention de l’activité "maçonnique" d’Abdel el-Kader. C’est Charles Henry Churchill, dans sa biographie de l’Émir, qui le premier a fait état de cette relation. Certains auteurs ont contesté cette appartenance et même l’initiation de l’êmir mais les textes, désormais à la disposition de tous, en apportent la preuve.[Bruno Etienne, op.cité.]

[2] Les sources suivantes ont aidé à rédiger cette page :

http://www.freimaurerei.ch/f/alpina...

http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?...

Abd el-Kader le magnanime de Bruno Etienne et François Pouillon, éd. Découvertes Gallimard , 2003,

• le catalogue de l’exposition Abd el-Kader organisée par le CHAN, à l’Hôtel de Soubise, au printemps 2003.

[3] Pour Bruno Etienne, chaque loge a eu la liberté de supprimer ou non cette obligation, et les loges du Proche-Orient n’ont pas suivi le choix de Paris.

[4] Bruno Etienne nous écrit : “je ne crois pas qu’il y ait eu de malentendu de la part de l’Emir qui s’était renseigné auprès de nombreux amis et qui espérait ainsi faire passer par cette voie un peu de spiritualité. Je suis retourné récemment à Damas où j’ai trouvé encore de nouvelles preuves de cette appartenance ; en effet il a continué à fréquenter plusieurs loges tant à Damas, qu’à Alep et Beyrouth.”

[5] Encyclopédie de la Franc-maçonnerie, article Abd el-Kader.

[6] Voir http://oumma.com/article.php3?id_ar...

[7] Mohamed Boutaleb, président de la Fondation Abd el-Kader, lors de son passage à Toulon en décembre 2004.

[8] Pour Philippe Zoummeroff, le fait n’était d’ailleurs pas exceptionnel - cf Abd el-Kader, Smaïl Aouili, Ramdane Redjala, Philippe Zoummeroff, Fayard éd.





Sur les pas d’Abdelkader et de François d’Assise

 

mercredi 10 novembre 2010

Au château d’Amboise - le dimanche 10 octobre 2010 Visite Spirituelle à Amboise : le 10 octobre 2010 "Sur les pas d’Abdelkader et de François d’Assise"

Nos cœurs à l’unisson

"Je demanderai à ce que je sois enterré dans ma terre natale », dit Moustapha pour clore le récit de son « itinéraire spirituel ». Nous, les auditeurs, nous fîmes le lien entre ce désir et le fait que notre ami ait reçu la lumière de la foi, adolescent qu’il était, lors de l’enterrement de l’un de ses oncles en Algérie. En guise de résonance, je commentai, ému : « Pour nous, les Français d’adoption, nous ne pouvons appartenir intimement à la terre de ce pays qu’après avoir été accueillis pour toujours dans les cœurs de ses habitants ! » Cela se passa dans la crypte de la cathédrale de Chartres, lors de notre 2ème visite spirituelle : « Sur les pas de la Vierge Marie ».

Travaillé par ce besoin d’habiter « intimement » mon second pays et pensant à tous les « déracinés », je n’arrêtais pas de méditer et d’œuvrer, à ma mesure, afin que cela advienne. Comment atteindre cette demeure, les cœurs des habitants ! La voie de l’amour est la plus droite et la plus large, me rendais-je à l’évidence : « Guide-nous sur la voie droite », prient les musulmans avec la Fatiha du coran. Guide se dit en arabe ihdina, mot qui peut être traduit aussi par « Offre-nous » ou « Fais-nous grâce de ». Or, parmi les humains, qui a reçu le plus de grâces et nous les a offertes en héritage ? Qui a tracé la Voie ? De nobles figures comme la Vierge Marie et ... Il me fallait trouver d’autres marcheurs musulmans qui aient habité physiquement et spirituellement la terre de France et les cœurs des Français.

Ce fut Abdelkader ! Mais comme la Vierge Marie unit, dans leur dévotion spécifique, chrétiens et musulmans et que tel n’est pas le cas pour le résident d’Amboise, il me restait à allier une figure chrétienne à Abdelkader. Ce fut celle d’un certain François dont j’ai découvert la spiritualité il y a 40 ans et qui m’a donné, à 8 siècles de distance, la nostalgie de son Assise natale ! Faut-il s’étonner si mes proches, sollicités par moi, aient choisi - sans que je les informe de ma préférence - la même figure ? Ce sera donc Abdelkader et François d’Assise !

Faut-il s’étonner si M. Sureau, conservateur du château à l’accueil fraternel et généreux, approuvant le thème de notre marche « Sur les pas d’Abdelkader et de François d’Assise », nous apprend qu’un franciscain du nom de François de Paule vint d’Italie sur la demande du seigneur de l’époque et fonda une famille franciscaine dans la région ? Faut-il s’étonner lorsque, visitant avec lui, les tombes des compagnons d’Abdelkader « le jardin d’Orient », il formule le vœu que ce beau lieu paradisiaque puisse attirer, de plus en plus, les jeunes français musulmans afin qu’ils « s’identifient » spirituellement à l’un des leurs ? Faut-il s’étonner si nous, les organisateurs, nous nous attendions, pour une première fois, à 30 à 40 participant(e)s et que leur nombre dépassa la centaine ? Cette conjonction de désirs et de volontés confirme la parole éternelle de Dieu dans sa version coranique, III, 103 : « ...Rappelez-vous la grâce dont Dieu vous gratifia lorsque, d’ennemis, Il a fait de vous des frères en mettant vos cœurs à l’unisson. »

Khaled Roumo

Convivialité spirituelle

Dimanche 10 octobre 2010, j’ai participé à un pèlerinage au château d’Amboise, sur les pas de l’Emir Abd-el-Kader et de François d’Assise, organisé par le GAIC et qui rassemblait chrétiens et musulmans dans un esprit de partage et d’ouverture. Je rapporte ici succinctement quelques éléments forts, vécus par moi lors de cet événement.

Etant moi-même issu d’une tradition mystique au sein du judaïsme orthodoxe, je me sens en communion avec ces deux personnages exceptionnels, et c’est le cœur empli de joie et de respect que j’ai entrepris ce pèlerinage avec mes amis du GAIC. A travers ces deux figures spirituelles, patrimoines de l’humanité, l’Eternel nous a vraiment octroyé Sa bénédiction durant cette visite inspirée du château et du cimetière musulman.

Ce fut pour moi essentiellement l’occasion de rencontrer des personnes passionnantes et de passer un moment profond avec elles, et ce dès mon départ de Paris. Je me suis nourri de conversations inspirées et intelligentes ; j’ai partagé le plaisir d’être dans un temps spirituel et porteur de sens. Je me suis ressourcé dans cette visite symbolique qui repousse la violence, l’intolérance et l’ignorance trop souvent instrumentalisées par les religions et/ou la politique.
Je sais gré aux organisateurs de ne pas avoir cherché à nous inonder d’informations triviales ni à nous gaver de connaissances historiques. Dieu sait que les occasions n’en manquaient pas : le château d’Amboise et les rois de France, l’Emir Abd-el-Kader et la colonisation de l’Algérie, les vies de Saint François d’Assise et de Saint François de Paule, etc. Après tout, il nous suffit d’ouvrir un livre ou de consulter Wikipédia pour connaître tout cela. Au contraire, nous sommes restés éloignés de ce réflexe occidental de poursuivre le ‘faire’ (ici ‘s’instruire sur’) pour nous installer dans ‘l’être’.

Loin du désir de ‘produire’, nous avons laissé le plaisir de la convivialité spirituelle nous habiter - prier, socialiser, discuter, parler, partager - bref, faire jaillir cette étincelle d’amour qui est en nous tous. Nous avons cherché à nous imprégner de la baraka laissée en ces lieux par l’Emir - à nous inspirer de l’atmosphère de spiritualité et d’ouverture qui régnait alors grâce à lui.
La bénédiction divine fut palpable dans la fragrance d’amour que l’on a pu sentir lors de nos échanges divers, et surtout lors de l’itinéraire spirituel que nous ont offert Bettoune et Marc. J’ai vraiment perçu que le verset des Psaumes (CXXXIII, 1) “Qu’il est bon et qu’il est agréable le séjour des frères ensemble” avait pris corps avec nous.

Je remercie notre Créateur de m’avoir fait vivre cette expérience, et je suis impatient de participer au pèlerinage de l’année prochaine - in-sha’Allah.

Rabbin Gabriel HAGAÏ

Marcher vers Amboise ou marcher vers Dieu ?

Décidément, Dieu n’aime pas que nous nous installions ! A lire la Bible je sens chez lui une prédilection pour le provisoire, le déplacement. Les grands moments de l’histoire du peuple de Dieu ont lieu dans la marche. A Abraham Dieu dit : "Quitte ton pays..." C’est dans l’errance de quarante ans dans le désert qu’il fait alliance avec son peuple. Jésus sillonne les routes de Galilée, de Judée. Mohammed est forcé de quitter La Mecque pour Médine. L’Emir Abd el Kader est emmené en exil. C’est là que Dieu le façonne. C’est là qu’il atteint sa stature mystique sans pour autant se désintéresser de la culture, de la science, des progrès techniques. Il ne reverra jamais son pays.

Au cours de nos différents déplacements du 10 octobre, j’ai réfléchi à tout cela en me disant qu’il y avait là le fondement de notre démarche, ce qui lui donnait sens. Nous sommes, aujourd’hui le peuple de Dieu en marche, à sa recherche. Quand nous allons vers Jérusalem, Rome, La Mecque, Chartres ou Amboise, en réalité, c’est vers Dieu que nous marchons. Il est toujours ailleurs que là où nous avions cru le trouver.

En marchant j’éprouve dans mon corps le côté provisoire de mon existence. Le paysage change sans cesse, l’horizon recule. A chaque pas je suis invité à aller plus loin, à me dépasser, à découvrir. Nous avons un corps. Ce qui nous habite spirituellement nous avons besoin de le vivre, de l’exprimer physiquement. Marcher c’est aussi côtoyer l’un puis l’autre et encore un autre. C’est la rencontre fortuite. Celle qui enrichit sans qu’on l’ait cherchée, programmée.

Nous avons pris notre pique nique sur fond de flûte, grâce à René et Sâdia. En dehors du plaisir qu’elle nous apporte, la musique, comme les autres expressions artistiques, nous dit : "Ce que vous vivez profondément dépasse la réalité visible, palpable." Venant d’un couple mixte, le message prenait une autre force. Il signifiait que le dialogue interrreligieux est possible, il devenait invitation pressante à le vivre.

Au "Jardin d’Orient" les musulmans ont prié en élevant les mains. Les chrétiens ont prié à leur tour, aussi en élevant les mains. Un même geste pour nous adresser à Dieu ! Nous ne sommes donc pas si différents ! Nous devions nous rendre à l’église pour entendre Bettoune et Marc exprimer leur "itinéraire spirituel." Le déroulement n’a pas été celui qui était prévu. Nous n’avions plus le temps de nous y rendre. Au lieu de nous appuyer sur le confort de l’église, nous avons dû nous appuyer à un arbre et nous asseoir sur l’herbe. J’ai vu là, une sorte d’humour de Dieu. Comme s’il revenait avec sa préférence nomade, nous dire que nous avions besoin de ce contact avec la terre pour intérioriser son message. Dieu nous fait marcher !

Frère Paul Bissardon

Du fond de cœur, merci pour tout !

Nous voulons vous remercier chaleureusement, vous et toute l’équipe, cheville ouvrière, non seulement de l’organisation de cette journée à Amboise, mais aussi et surtout de l’esprit d’ouverture et de découverte qui a animé tous les temps forts proposés.
Nous avons été heureux de redécouvrir la personne d’Abdelkader, au cours de son séjour amboisien, séjour assez court dans la durée, mais dont l’influence se poursuit encore aujourd’hui. La lecture d’un texte d’Abdelkader et du texte de François d’Assise en début de l’exposé de M. Sureau nous ont permis de nous mettre aussitôt dans l’esprit et les valeurs qui habitaient l’émir.

La montée vers le Jardin d’Orient et tout ce que nous avons vécu ensuite nous ont beaucoup touchés. Les plaques dévoilées avec les noms des personnes de la suite, en arabe et en français, enfin lisibles pour les Français qui, jusque-là, ne pouvaient qu’admirer la calligraphie arabe sur chaque stèle, mais maintenant, nous pouvons leur donner un nom et les situer dans l’entourage de l’émir. La prière commune : dans ce lieu, recueillement, émotion, louange aussi pour ce qui se passait là.

Et puis, ce qui nous a profondément touchés : le témoignage de vie de Bettoune et de Marc. La profondeur et la simplicité, avec lesquelles Bettoune parlait de sa foi, nous ont émus. Ajouté à cela, l’affectueuse fraternité de Khaled qui menait l’échange, son espièglerie aussi ! ont fait de ce temps un moment béni. Nous avons aussi appris combien Mr Sureau avait été heureux de cette rencontre et touché par vos remerciements chaleureux. Merci aussi pour votre transmission de l’album et du diaporama sur la journée. Cela nous a fait plaisir

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photo

emir abdelkader

Abd el Kader al Djazaïri (1808-1883)




L'homme qui appela au djihad contre l'agression étrangère, c'est aussi celui-là même qui sut chanter l'amour; et l'amour proclamé par l'émir c'est l'amour de Dieu, l'amour du prochain, l'amour de la vie, l'amour de l'humanité mais aussi l'amour paternel et l'amour sentimental. N'écrit-il pas ces vers qui rappellent le mystique Ibn Arabi.

. . . Je professe la religion de l'amour
Et quelque direction que prenne ma monture
L'amour est ma religion et ma foi ...




Brise du sud 
Ô brise du sud, porte mon salut 
et sois bienveillante,
Porte mon salut à mes chers enfants et répands sur eux 
Ton parfum d'œillet.
Arrête-toi sous les tentes de mes nobles fils 
Et dis-leur
Que je passe mes nuits dans la douleur et le délire. 
Ô mes chers guerriers séparés de moi, mes paupières seront
Habituées à l'insomnie, et le doux sommeil m'a quitté. 
Que de nuits blanches passées en soupirs!
Comme un malade
Dont les yeux souffrants le plongent dans
L'agitation et l'affliction. 
Triste et sans repos, ô que ma
nuit est longue!
Quand donc nos retrouvailles y
mettront-elles fin ? 


L'éloge du Sahara
Ô toi qui prends la défense des habitants de la ville 
Et qui condamne l'amour bédouin
Pour ses horizons sans limites,
Est-ce la légèreté que tu reproches à nos tentes ? 
N'as-tu d'éloges que pour des maisons de pierre et de boue ? 
Si tu avais les secrets du désert
Si tu t'étais éveillé au milieu du Sahara
Si tes pieds avaient foulé ce tapis de sable
Parsemé de fleurs semblables à des perles,
Tu aurais admiré nos plantes,
L'étrange variété de leurs teintes, 
Leur grâce, leur parfum délicieux.
Tu aurais respiré ce souffle embaumé
Qui double la vie,
Car il n'a point passé sur
l'impureté des villes... 


Mon épouse s'inquiète

Mon épouse s'inquiète, et pourtant c'est elle qui me connaît le mieux.

«Ne sais-tu pas, ô princesse du foyer, que par mes chevauchées

à travers le pays, j'assure la sécurité de la tribu ?

J'affronte sans peur le défilé de la mort,

et je défends les femmes au jour de terreur.

Les femmes ont confiance tant que je suis là,

alors que l'épouse au khalkhal ne se fie même pas à son mari.

(...) C'est moi qui prends soin des jeunes cavaliers

inexpérimentés comme des lionceaux.

Lorsque mes chevaux, blessés, faiblissent, je les exhorte

«Que votre endurance soit égale à la mienne, Soyez aussi dignes que moi ! »

En temps de guerre, j'expose généreusement ma vie,

et pourtant,en temps de paix, le salut de mon âme est ce qui m'importe le plus.

Demande donc aux Français, ils te diront les massacres

causés par mon sabre et ma lance vibrante.

Demande donc à la nuit, elle te dira comment

j'ai pourfendu sa peau noire en chevauchées nocturnes.

Demande donc au désert, aux collines et aux vastes espaces,

ils te diront comme j'ai traversé plaines et murs de montagnes en cavalcades effrénées.

Ma seule volonté est d'affronter l'ennemi,

et de battre ses redoutables soldats avec mes braves.

Ne t'inquiète donc pas pour moi !

sache que, cadavre rongé par les vers, je serai encore redoutable !

 

 


Poème au fils 
Si la nostalgie, ô mon enfant
Etreint ton petit coeur chéri
Qui espère un jour de fête et attend,
Le mien brûle, aspire et prie.
J'enferme mon chagrin en silence. 
Mon coeur déborde.
Ô patience ! 


Écrits spirituels:

Chant extatique:

Je suis Dieu, je suis créature

Je suis Dieu, je suis créature; je suis Seigneur, je suis serviteur 
Je suis le Trône et la natte qu'on piétine; je suis l'enfer et je suis l'éternité bien heureuse
Je suis l'eau, je suis le feu; je suis l'air et la terre 
Je suis le "combien" et le "comment"; je suis la présence et l'absence
Je suis l'essence et l'attribut; je suis la proximité et l'éloignement
Tout être est mon être; je suis le Seul, je suis l'Unique. 

"Dieu m'a ravi à mon "moi"..."

Dieu m'a ravi à mon "moi" [illusoire] et m'a rapproché de mon "moi" [réel] et la disparition de la terre a entraîné celle du ciel'. Le tout et la partie se sont confondus. La verticale (tûn et l'horizontale ('ard) se sont anéanties. L'oeuvre suréro­gatoire a fait retour à l'œuvre obligatoire, et les couleurs sont revenues à la pure blancheur primordiale. Le voyage a atteint son terme et ce qui est autre que Lui a cessé d'exister. Toute attribution (idâfât), tout aspect (i'tibârcit), toute relation (nisab) étant abolis, l'état originel est rétabli. "Aujourd'hui, J'abaisse vos lignages, et J'élève le Miens !"

Puis me fut dite la parole de Hallàj, avec cette différence qu'il la prononça lui-même alors qu'elle fut prononcée pour moi sans que je l'exprime moi-même. Cette parole, en connaissent le sens et l'acceptent ceux qui en sont dignes ; en ignorent le sens et la rejettent ceux chez qui l'ignorance l'emporte. Mawqif 7. 



Du pur amour

Dieu a dit à l'un de Ses serviteurs" : "Prétends-tu M'aimer ? Si tel est le cas, sache que ton amour pour Moi est seulement une conséquence de Mon amour pour toi. Tu aimes Celui qui est. Mais Je t'ai aimé, Moi, alors que tu n'étais pas !"

Il lui dit ensuite : "Prétends-tu que tu cherches à t'approcher de Moi, et à te perdre en Moi ? Mais Je te cherche, Moi, bien plus que tu ne Me cherches ! Je t'ai cherché afin que tu sois en Ma présence, sans nul intermédiaire, le Jour où J'ai dit "Ne suis-je pas votre Seigneur ?" (Cor. 7 : 172), alors que tu n'étais qu'esprit (rûh). Puis tu M'as oublié, et Je t'ai cherché de nouveau, en envoyant vers toi Mes envoyés, lorsque tu as eu un corps. Tout cela était amour de toi pour toi et non pour Moi."

Il lui dit encore : "Que penses-tu que tu ferais si, alors que tu te trouvais dans un état extrême de faim, de soif et d'épuise­ment, Je t'appelais à Moi tout en t'offrant Mon paradis avec ses houris, ses palais, ses fleuves, ses fruits, ses pages, ses échansons, après t'avoir prévenu qu'auprès de Moi tu ne trou­verais rien de cela ?

"Le serviteur répondit : "Je me réfugierais en Toi contre Toi"." Mawqif 112.


Bibliographie: 
Emir Abd el-kader Ecrits spirituels. Présentés et traduits de l'arabe par Michel Chodkiewicz 
Émir algérien (près de Mascara, auj. Muaskar, v. 1807 — Damas, 1883), qui dirigea la «guerre sainte» contre la France de 1832 à 1847.
Malgré le traité de la Tafna (1837), il continua le combat. Après la prise de sa smala par le duc d'Aumale (1843) et la défaite du sultan du Maroc, son allié, sur l'Isly (1844), Abd el-Kader dut se résigner à la reddition en 1847. Libéré en 1852, Abd el-Kader se retira à Damas, où il protégea les chrétiens maronites lors des massacres de 1860.